- Renonciation (spang lam, les sûtras),
- Transformation (bsgyur lam, les tantras),
- Liberté Naturelle (rang grol gyi lam, le Dzogchen).
Les LamRim présentent ses Voies comme une parcours "progressif", graduel vers la Libération.
Pour certains "courants" Dzogchen, les autres Voies sont qualifiées de "terrains d'égarement" (gol sa), et certains même rejettent les niveaux extérieurs de la Grande Perfection.
La notion "d'Eveil Primordial" (ye sangs rgyas) par exemple, dans un contexte strictement Dzogchen, démontre clairement que "toute action tentée dans le but d’obtenir l’Eveil n’est que l’expression d’une non-science incapable de saisir directement et sans discursivité la vérité de l’Eveil, de manière soudaine et instantanée (cig char)".
Comment, en fait, un absolu incomposé pourrait-il être réalisé par l’entremise d’expédients conditionnés, par des purifications éventuelles ou par la réunion d’accumulations de mérites et de Sagesse ?
La Grande Perfection possède une démarche qui la distingue de celle des autres traditions religieuses (sûtras et tantras nyingma-pa compris). Elle est basée sur une confrontation directe à la Base (gzhi) de l’état naturel (gnas lugs thad kar ngo sprod) donnée par le maître à l’adepte qualifié.
Celui-ci prend conscience que le potentiel d’Eveil qu’il possède est déjà pleinement épanoui et développé jusque dans ses sublimités visionnaires.
A partir de là, le parcours de la Voie consistera-t-il à se familiariser avec cet état, en comprenant que le processus discursif auquel l’adepte s’identifiait continuellement avant sa confrontation n’est qu’une fonction limitée et convulsive de l’Esprit (sems nyid).
1. La notion de Base dans le Dzogchen
l’état naturel de la Base (gzhi yi gnas lugs) n’est pas une condition, un objet ou un lieu à conquérir par le parcours d’une quelconque Voie, mais la source de l’existence en général.
La Base est le “terrain d’émergence” (‘char gzhi) des Eveillés réalisés (rtogs pa’i sangs rgyas) et des êtres animés non-réalisés (ma rtogs pa’i sems can).
Deux modes s’offrent donc à cette Base :
- la Base de la Liberté (grol gzhi) lorsque l’on réalise sa vraie nature,
- la Base de l’égarement (‘khrul gzhi), de l’errance samsârique.
Cette Base originelle (thog ma’i gzhi) s’exprime sous la forme d'une “triple Sagesse” (ye shes gsum ldan) :
- Essence primordialement pure (ngo bo ka dag),
- Nature spontanément accomplie (rang bzhin lhun grub),
- Compassion parfaitement pénétrante (thugs rje kun khyab).
Ces trois "sagesses" ne sont pas distinctes dans l'expérience individuelle, et seule l’expérience directe est à même de le démontrer :
- Immensité spatiale dans le recueillement méditatif (aspect de l’Essence, ngo bo’i cha),
- Emergence simultanée d’expériences visionnaires (snang nyams) (aspect de la Nature, rang bzhin gyi cha),
- Rayonnement incessant (ma ‘gags pa) de ces visions (aspect de la Compassion, thugs rje’i cha).
Seule .
La Base est la Pureté Primordiale (ka dag) semblable à un cristal immaculé (shel gong dri ma med pa), elle en a les qualités de transparence et de pureté.
La Base originelle est un état
- inconditionné (‘du ma byas),
- immuable (mi ‘gyur ba),
- inaltérable (ma bcos pa).
Elle est exprimée en
- une Essence insubstantielle (dngos med),
- une Nature spontanément accomplie sous la forme de Corps (sku) et de Sagesses (ye shes),
- une Compassion douée ou animée d’un Discernement (rig pa), c’est-à-dire d’une connaissance non-discursive de ce même état.
"... Ainsi, le principe de la Base qui est la grande indifférenciation de la Pureté Primordiale et de la Spontanéité, (la réalité) des Corps et des Sagesses vierges d’union et de désunion, l’Ainsité sans commencement, la Sagesse Née-d’elle même, l’unicité sans rivale, la grande expression de l’Essence, de la Nature et de la Compassion, (cette Base donc) est appelée “Plein Eveil Primordial” et “Mandala de la Nature Spontanée” ; tel est l’état naturel de la Base. ”
Longchenpa
les Corps et les Sagesses, sans union ni désunion (‘du ‘bral med pa) traduisent, au niveau de la Base, l’expression réelle du Fruit (‘bras bu) à travers les Trois Corps (sku gsum) et les Cinq Sagesses (ye shes lnga).
Corps et Sagesses expriment le point ultime de la Base (gzhi snang), l'état primordial de l'individu.
2. Les sept affirmations sur la Base
Longchenpa est l’auteur nyingma-pa qui a discouru le plus sur les “sept Bases” (gzhi bdun), c’est à dire les sept affirmations (‘dod pa) concernant la nature de la Base :
- spontanément accompli de par son aspect de multiplicité,
- Indéterminé du fait de tous ses mouvements,
- déterminé parce qu'il est immuable,
- capable de se transformer en toutes choses grâce au dynamisme de ses manifestations,
- défini (comme étant toutes choses) parce qu'il est la source de tout,
- primordialement pur parce qu'il est libre d'Egarement,
- multiple en raison de la diversité de ses modes de manifestations.
"... La Base Originelle accomplie naturellement n’a pas d’autre existence que son unicité ; ainsi étant pure de la tendance à se manifester en tant qu'égarement, elle apparaît de manière septuple lorsque les hordes de concepts (tentent de) la définir. Ces septuples manifestations en série proviennent du mode de manifestation d'une essence unique, et c'est lorsque (ce caractère) unique n'est pas reconnu qu'elles se manifestent ainsi (de sept manières).
...
1. Dans son expression (la présentant comme) la Spontanéité elle-même, (La Base) apparaît comme la quintessence fusionnant le multiple,
2. Dans son expression (la qualifiant d’) indéterminée, elle apparaît conjointement avec l’esprit en mouvement.
3. Dans son expression comme étant déterminée en sa propre essence, elle apparaît dénuée des transferts impliquant des évocations (mentales).
4. Se manifestant comme capable de se transformer, cet effort la fait apparaître comme une perception du mental.
5. Dans son expression (la qualifiant) en tant qu’essence de toutes choses, elle apparaît comme l’Essence propre à tout ce qui se manifeste.
6. Dans son expression (la qualifiant) comme étant variée, elle apparaît en un mode multiple en chaque chose.
7. Dans son expression (la qualifiant de) pure depuis l’origine, elle apparaît comme étant originellement dénuée d’impuretés."
Six Abîmes de Samantabhadra (Kun bzang klong drug)
La “manifestation septuple de la Base” (gzhi rim pa bdun gyi tshul snang) est une formulation trompeuse car la Base elle-même ne se manifeste pas ainsi. C’est uniquement en l’esprit (blo’i ngos nas) des individus et relativement à leurs dispositions mentales et expérimentales que ces sept formulations sont énoncées.
1. L’affirmation de la Base comme étant spontanée (lhun grub)
L’état naturel (gnas lugs) est spontané (lhun gyis grub pa), il ne chute dans aucune partialité ni distinction individuelle (rgya phyogs lhung bral). Il est en outre présenté comme ayant en lui toutes les qualités salvatrices (yon tan) de l’Eveil.
2. L’affirmation de la Base comme étant indéterminée (ma nges pa)
Dans la mesure où l’état naturel n’est pas accompli (ma grub, c’est-à-dire créé ou produit), il est indéterminé. Il serait possible de transformer la Base grâce à des circonstances (rkyen) particulières, en vertu même de ce caractère d’indétermination.
3. L’affirmation de la Base comme étant déterminée (nges pa)
L’Essence (ngo bo) de l’état naturel est immuable (‘gyur ba med pa), semblable au ciel, et son mode de manifestation (snang tshul) n’est pas non plus sujet au changement, à l’image du feu et de l’eau qui ne peuvent s’intervertir.
4. L’affirmation de la Base comme étant capable de se transformer en toutes choses
(cir yang bsgyur btub pa)
Dans la mesure où l’Essence de l’état naturel est vierge de partialités, son mode de manifestation peut se transformer en toutes choses.
5. La position voulant que la Base soit affirmée comme étant toutes choses
(cir yang khas len pa)
Dans la mesure où l’Essence du Discernement (rig pa’i ngo bo) émerge partout sans partialité, elle peut être affirmée, postulée comme étant toutes choses. La Base est et n’est pas en même temps, le Samsâra se libère sans effort, les êtres libérés retournent à l’état conditionné.
6. L’affirmation de la Base comme étant multiple (sna tshogs)
L’Essence de la Base émerge en toutes choses, impliquant en cela la diversité (sna tshogs) ou la variété (khra bo) de ses modes de manifestations.
7. L’affirmation de la Base comme étant primordialement pure (ka dag)
Le Discernement (rig pa), c’est-à dire la Sagesse Née-d’elle-même (rang ‘byung gi ye shes), est libre des limitations de l’existence et de la non-existence, désigné comme “le grand Disque Lumineux vierge d’élaboration” (spros bral thig le chen po).
3. La formulation réelle de la Base : Pureté Primordiale et Spontanéité
Dans le Trésor du Véhicule Suprême, Longchenpa propose une formulation construite en fonction de la Pureté Primordiale (ka dag) et de la Spontanéité (lhun grub) de l’état naturel.
Deux éléments indissociables sont à prendre en compte : l’Essence (ngo bo) et la Nature (rang bzhin).
La première est la Pureté Primordiale (ka dag) exprimée sous la forme d’une Profonde Clarté (gting gsal), discernante et vierge de toute matérialité ou toute caractéristique réductrice. La seconde se présente sous la forme d’une Clarté Intérieure (nang gsal) exprimant la Claire-Lumière (‘od gsal) de l’état naturel.
Les deux aspects “fonctionnent” de manière conjointe en un Vide (l’Essence) pur et spontanément "empli" de sa propre expression visionnaire (snang ba, c’est-à-dire la Nature). La quintessence même de ce rayonnement est définie comme le Discernement (rig pa), c’est-à-dire comme l’acte de pure conscience de la Réalité.
cette brève synthèse a été réalisée à partir d'une excellente étude de Jean-Luc Achard (CNRS) et des écrits de Longchenpa ... puisse-t-elle apporter un peu de lumière sur les "concepts" dont il est questions ...
Sönam

