Bonjour à tous,
Voici un extrait de la lettre de Son Eminence Mindrolling Jetsun Khandro Rinpoché - Losar 2009 - :
... Les défis du monde spirituel, l'affaiblissement de la tolérance et de la bonté humaine, la violence, les catastrophes naturelles, la destruction continue de l'environnement et l'économie mondiale constituent quelques uns des obstacles auxquels nous devons tous faire face aujourd'hui. Alors que nous entrons dans cette nouvelle année, nous prions pour qu'elle soit libérée de la plupart de ces difficultés. Avant tout, j'espère qu'en tant que pratiquants, nous apprenions davantage de ces situations et commencions à voir clairement la richesse de cette opportunité que nous avons tous de pratiquer le Dharma et d'amener à maturation cette vie rare et précieuse.
Je vous exhorte tous à renforcer votre dévotion en les Trois Joyaux et les Trois Racines. Avec une soif intellectuelle, j'espère que vous réalisez que souvent, très facilement, notre connexion au Dharma dans un mode intellectuel peut n'être qu'une autre forme d'excuse pour éviter d'apporter de vrais changements en nous-mêmes, changements sans lesquels la libération de ce samsara et l'abandon de ses graines, nos tendances habituelles, est impossible.
Développer sa dévotion est de la plus haute importance pour quiconque est sur la voie du Vajrayana. La dévotion est le moyen le plus habile de lâcher prise à la saisie et à l'attachement à nous-mêmes comme aux phénomènes. Il est impératif qu'à ce stade, nous atteignions un point d'épuisement de notre ego et de tous les doutes, hésitations et intellectualisations que nous amenons sur la voie de notre pratique.
Quelquefois, nous hésitons à parler de la dévotion parce que cela semble "démodé" ou apparenté à un lavage de cerveau. De nos jours, il est considéré comme plus avisé de poser des questions et d'exprimer des doutes. Je ne dis pas que poser des questions n'est pas important. En fait, le Bouddhisme a commencé dans notre ère avec un homme, sa quête de la vérité et sa recherche pour mettre fin à la souffrance. Le Bouddha a toujours encouragé les questions et les analyses. Et la relation maître/disciple se conçoit avec le Maître qui répond aux questions des étudiants et dissipe ses doutes et ses hésitations au travers du raisonnement et de l'analyse.
Mais toutes les questions et les hésitations doivent conduire à l'objectif de cet exercice qui est la libération de la saisie égotique. Cela ne peut se produire que par le lâcher-prise de toute chose : les doutes, les hésitations, la peur, les questionnements, les justifications, le vrai et le faux. Je pense que nous nous engageons avec l'attitude juste en terme de questionnements et d'analyse, mais quelque part sur le chemin, nous en arrivons à nous cacher derrière nos raisonnements et notre rhétorique et les utilisons pour empêcher notre véritable transcendance.
Ainsi, la pratique devient une chose froide et mécanique qui, quelquefois, nous fait nous sentir bien et, le plus souvent, nous essayons de faire avec le souvenir de ce qu'étaient les choses lorsque nous avons rencontré le Dharma et que tout nous inspirait, nous rendait joyeux et nous émerveillait. Mais au lieu de cela, nos tendances habituelles nous imprègnent et nous saisissent et nous laissons le Dharma opérer des transformations extérieures : nous portons des malas, transportons notre matériel de pratique où que nous allions, nous lançons du vocabulaire et des termes bouddhistes dès que nous le pouvons, nous nous inclinons et joignons nos mains en anjali aux moments appropriés. Mais la véritable transformation intérieure devient difficile. Nous sommes toujours irritables, intolérants et particulièrement maintenant que nous possédons les bonnes citations et réparties bouddhistes. De plus en plus souvent, nous blâmons la terre entière pour notre éveil retardé et nous avons l'impression que, si l'on nous donnait la bonne pratique et que les gens autour de nous se comportaient correctement, créant ainsi un environnement adéquat, la libération qui nous fait défaut depuis si longtemps se manifesterait alors. Mais ceci est le samsara et la Première Noble Vérité est aussi irréfutable que son nom le suggère. La nature du samsara est souffrance et la perfection y réside et nulle part ailleurs.
En conséquence, l'antidote à tout ceci est la dévotion. La dévotion envers le Maître et le Dharma est ce qui nous donne l'humilité de savoir que nous devons vraiment travailler dur à la transformation de nous-mêmes. Mais ce savoir est libre d'auto-apitoiement et d'hésitation. La dévotion, ce n'est pas "Oh, que mon maître est grand et combien je suis mauvais !". Ce n'est pas non plus un exercice pour magnifier notre propre maître ou lignée. Il s'agit plutôt du fondement solide sur lequel se construit notre voie de pratique. La dévotion apporte de la joie dans la pratique et inspire l'effort. Cela nous fait prendre conscience que le monde ne tourne pas autour de nous et que nous ne sommes pas le centre de toute chose ainsi que nous l'établissons.
Je m'en réfère à ma propre expérience sachant que j'ai beaucoup pensé à ce que signifiait véritablement pour moi la dévotion lorsque Kyabyé Rinpoché nous a quittés. J'ai soudain été frappée par le fait que tout ce que nous établissons comme si important est, en fait, sans aucune substance. Que le Maître est inséparable de moi, pas seulement parce que sa compassion est vaste, ineffable et libre des contraintes du temps et de l'espace, mais aussi parce que le Maître n'est pas autre chose que ma propre nature immaculée du dharmakaya. Cette compréhension n'est pas une présomption arrogante que "Oh, le Maître et moi sommes identiques". Il s'agit plutôt d'un aperçu de comment je pourrais être si j'étais très très très très bon(ne). Il s'agit d'une résonance de ce que je sais intrinsèquement mais que j'ai, quelque part, oublié car j'ai rendu tout le reste plus important que ce qui est véritablement essentiel et indispensable.
La dévotion est l'armure qui nous protège de tous les obstacles et difficultés sur la voie. C'est ce qui assure notre base et tout comme un arbre avec de puissantes racines n'est pas ébranlé par des vents violents, de la même manière, une personne dotée d'une réelle dévotion est protégée du danger sur le chemin de la libération.
Comme le disait Patrul Rinpoché, "La différence entre un bon et un mauvais pratiquant dépend de la dévotion. Même si quelqu'un est très érudit mais dénué de foi, il ne sera qu'un pratiquant de niveau inférieur car quel est l'intérêt de connaître beaucoup de choses sans connaître l'essentiel ? Mais si quelqu'un a une dévotion pure, il sera assuré d'atteindre l'état libre de toute souffrance".
Si vous êtes toujours à la recherche d'un maître envers lequel générer une dévotion irréversible, alors générez-la envers les Trois Joyaux. Ne vous précipitez pas pour trouver un maître dans l'unique but d'expérimenter la dévotion et de vérifier que cela fonctionne avec vous. Procédez lentement mais construisez-la avec intensité jusqu'au moment où le simple fait de faire apparaître le visage du Maître dans votre esprit puisse dissiper tous les klesha, vous permettant ainsi de demeurer dans la véritable équanimité. ...
Source : http://www.samtentse.asso.fr/acf_actu.html

