D'un côté,...
Les préceptes sont clairs, l'alcool est prohibé.
D'un autre côté,...
Taïzen Deshimaru cite le cas de son maître qui "arrangeait" le précepte sur la consommation d'alcool, car il aimait beaucoup le saké...!
Le courant Hoa Hao au Vietnam indique que la consommation d'alcool, évidemment limitée, en société, est une forme de "communion" avec les hôtes.
Ceci dit, …
Si l'alcoolisme est le signe d'une dépendance, donc d'un attachement, en revanche je ne pense pas que la consommation d'alcool, telle que l'entend Toupten Zangpo, soit un attachement.
Certes, on aime (ou pas) le goût de l'alcool. Mais cela ne traduit pas pour autant un attachement.
Cela reviendrait à renoncer à tous nos plaisirs sous prétexte que ce sont des attachements.
Or, le Bouddha n'a jamais enseigné de renoncer au bonheur. En revanche, il a enseigné que le bonheur, comme tout phénomène est impermanent. Et qu'il convenait donc de ne pas s'y attacher pour ne pas souffrir de sa cessation. Ainsi, en gardant à l'esprit l'impermanence du plaisir que procure un bon verre, nous nous libérons de cet attachement, sans toutefois renoncer à ce plaisir. C'est consommer en Pleine Conscience.
Et puis…
S'attacher aux non-attachements est un attachement. Gloups, on n'en finit pas (rappel d'un koan zen: "Tuez le Bouddha!").
Corollaire: une abstinence (auto-)contrainte est contraire à la Pratique, puisque signe d'un attachement.
Je disais donc consommer en Pleine Conscience…
Je sais que je ne pourrais pas être en Pleine Conscience au-delà d'une certaine dose...
Ce serait incompatible avec ma conception de la Pratique.
La consommation d'alcool est donc un obstacle dès lors qu'elle induit un état incompatible avec la pratique du Dharma.
Un comportement est un obstacle à la Pratique lorsqu'il induit, ou est produit par, un état incompatible avec la Pratique.
Pour autant, consommer en Pleine Conscience ne doit pas être un alibi du genre "je consomme, mais je le sais, donc c'est une pratique".
Ce doit être au contraire le signe de notre vigilance: "je suis conscient que je consomme, je reconnais les effets de l'alcool, je n'en consomme pas plus que nécessaire/raisonnable".
La consommation ne doit pas devenir une Pratique.
La Pratique ne doit pas souffrir de la consommation.
Comme tout autre acte, parole, pensée, la consommation doit s'inscrire dans la Pratique. C'est-à-dire passer par son filtre.
Auquel cas elle n'est pas/plus un obstacle: abstinence ou maîtrise, c'est selon.
Donc:
Les "abstinents" ne consomment pas, donc la consommation n'est pas, donc elle n'est pas un obstacle de la Pratique.
Les "pratiquants" consomment dans le cadre de leur Pratique, donc la Pratique encadre la consommation, donc la consommation n'est pas un obstacle de la Pratique.
Dans les deux cas, on peut même dire que la consommation est un élément de la Pratique.
Donc je vote "Non, et j'en consomme".
Un lotus pour vous.